La Phronésis
Pas une limitation d'Iris. Une architecture délibérée.
Ce qu'une IA ne peut pas faire à votre place
Iris peut beaucoup. Elle retient tout ce que vous lui confiez, fait des liens que personne ne ferait en consultation de quinze minutes, prépare chaque échange avec votre Sherpa, coordonne les informations entre les praticiens de La Guilde.
Mais il y a quelque chose qu'Iris ne fera jamais. Pas parce qu'elle n'est pas assez avancée. Parce que c'est structurellement impossible.
Les trois formes du savoir
Aristote distinguait trois formes de savoir.
L'épistèmè
Le savoir théorique, universel, démontrable. Ce qui est vrai partout et toujours. Une loi physique, un résultat d'étude, un fait biologique.
Iris maîtrise l'épistèmè.
La technè
Le savoir-faire technique, reproductible. Appliquer une méthode pour produire un résultat. Analyser des données, coordonner un parcours, détecter des signaux.
Iris maîtrise la technè.
La phronésis
La sagesse pratique. La capacité de délibérer correctement sur ce qui est juste pour une personne singulière, dans une situation singulière, avec son histoire et ses contraintes.
Iris ne peut pas exercer la phronésis.
Ce n'est pas de l'intuition
La phronésis est souvent confondue avec l'intuition. C'est une erreur.
L'intuition est une impression qui vient sans qu'on sache pourquoi. La phronésis est un jugement formé, forgé par l'expérience, qui intègre la connaissance, le contexte et la dimension éthique de la décision.
Un Sherpa qui ajuste son approche parce qu'il sent que la personne n'est pas prête ne le fait pas par instinct. Il le fait parce qu'il a appris à reconnaître plusieurs lectures possibles d'une situation, à tolérer l'incertitude sans la résoudre prématurément, à hiérarchiser ce que la personne a besoin d'entendre.
Les cinq registres du jugement situé
Reconnaître plusieurs lectures possibles d'une situation, sans choisir trop vite.
Tolérer l'incertitude sans la résoudre prématurément, parce que la précipitation fait plus de dégâts que l'hésitation.
Hiérarchiser les besoins de la personne sans les réduire, parce que ce qu'elle demande n'est pas toujours ce dont elle a besoin.
Décider du moment et de la forme de l'intervention, parce que le quand est aussi important que le quoi.
Entendre ce que la personne cherche à comprendre d'elle-même au-delà de sa demande explicite.
Iris rend le jugement possible. Elle ne le remplace pas.
La distinction entre Iris et le Sherpa n'est pas une hiérarchie. C'est une complémentarité structurelle.
Iris produit le savoir qui rend le jugement possible. Sans ce savoir, le Sherpa travaillerait à l'aveugle. Avec lui, il peut exercer son jugement sur une base solide.
Savoir n'est pas juger. Iris sait. Le Sherpa juge. Aucun des deux ne peut faire le travail de l'autre. C'est cette architecture délibérée qui distingue ARCHIPEL des modèles où l'IA est censée tout faire, ou des modèles où l'humain travaille sans information.
Références
- Aristote. Éthique à Nicomaque, Livre VI.
- Pellegrino, E.D. & Thomasma, D.C. (1993). The Virtues in Medical Practice. Oxford University Press.
- Kaldjian, L.C. (2014). Practicing Medicine and Ethics. Cambridge University Press.
